Philosophe et romancier habité par l’urgence écologique, Gaspard Koenig manie l’ironie et la poésie dans des romans réalistes qui peuvent virer à la fantaisie pure : dans Humus (prix Interallié), un jeune agronome met tout en œuvre pour préserver la terre et son écosystème ; avec Aqua, c’est l’eau qui est l’objet de tentatives de captation et de protection. Il est aussi l’auteur d’essais percutants, notamment Agrophilosophie (éd. de l’Observatoire).
Gaspard Koenig était l'invité Grand Témoin des Champs Libres en janvier 2026 : l'occasion d'un passage dans l'émission Faites-moi lire pour un échange sur Aqua, son dernier ouvrage et d'un échange avec Axel M’rad, étudiant à Sciences Po Rennes sur son engagement.
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Faites-moi lire, c'est l'émission littéraire de TVR en partenariat avec Les Champs Libres, présentée par Nicolas roberti, rédacteur en chef d'Unidivers.
Gaspard Koenig :"Faire de l’écologie un sujet potentiellement réjouissant et gratifiant est absolument primordial"
Gaspard Koenig est un intellectuel singulier, à la fois romancier et philosophe engagé, notamment sur la question écologique. Dans Acqua, son dernier ouvrage, il tisse une intrigue autour de Saint Firmin, une commune normande de 500 habitants menacée par les sécheresses à répétition. Sur fond d’enjeux politiques, administratifs et climatiques, l’écrivain revient dans cet entretien avec Axel M’rad, étudiant à Sciences Po Rennes sur les thèmes marquants de son roman et de son engagement politique.
La question écologique s’est beaucoup centrée autour de la lutte contre le carbone ces dernières années, les émissions étant un facteur quantifiable, assez aisé à analyser. Comment sortir de cette vision très réduite de la transition écologique ?
Le focus sur le carbone est pour moi un obstacle majeur à l’action climatique. Il offre une vision assez pessimiste de celle-ci, cantonnée à converger vers les scénarios les moins pires et donnant finalement peu de prise aux citoyens des conséquences réelles de telle ou telle quantité de CO2 dans l’atmosphère. Les questions de l’eau et de la biodiversité m’intéressent davantage en ce qu’elles proposent à une échelle locale une perspective d’amélioration notable de nos écosystèmes. Faire de l’écologie un sujet potentiellement réjouissant et gratifiant est absolument primordial face à ses plus féroces détracteurs.
Votre aversion pour l’abondance normative en France transparaît à plusieurs passages du roman. En tant qu’écologiste assumé, comment articulez-vous cette posture critique et votre engagement environnemental ?
La question sulfureuse des normes environnementales découle d’une centralisation poussée à son paroxysme : la déconnexion entre les instances de rédaction de ces normes et leurs lieux d’application est absolument sidérante. Aujourd’hui, ce schisme a été largement instrumentalisé par l’extrême droite et les partis les plus réticents à l’action climatique, qui confondent simplification juridique et renoncement climatique. Or, simplification n’est pas synonyme d’inaction, au contraire ! Ces textes juridiques aux dérogations et précisions pléthoriques révèlent d’ailleurs l’absence de choix politiques clairs pour la transition. La clarification contribuerait selon moi, à l’inverse : affirmer une posture plus radicale, tout en donnant une meilleure visibilité aux personnes directement concernées.
Dans votre ouvrage, la commune de Saint Firmin prend la décision de ne pas se raccorder au réseau intercommunal. Le président de la « com-com *» leur reconnaît néanmoins le droit de faire des erreurs. Dans un contexte d’urgence écologique, a-t-on encore le temps pour des choix irrationnels ?
D’abord, se tromper sous-entend qu’il n’y a qu’une solution. Or, celles-ci sont multiples, comme l’illustre l’éventail des possibilités de Saint Firmin pour retrouver son eau. Le mythe d’une autorité centrale détentrice d’une unique vérité nuit à la fois à nos démocraties ainsi qu’à l’action climatique. La question écologique ne peut trouver de réponse purement verticale. Des injonctions perçues comme non légitimes ou déconnectées alimentent davantage le backlash écologique qu’elles ne solutionnent la crise. Parallèlement, donner le droit de se tromper, c’est aussi donner le droit de se corriger et de permettre l’avènement de nouvelles solutions. Cette ouverture à des choix jugés « irrationnels » me paraît donc être inhérente à une démocratie fonctionnelle.
*Communauté de communes
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