Quand l’école devient tribunal : le lycée Zola au cœur de l’affaire Dreyfus

Écrit par : Andy NGUYEN, Justin LOUIS, Lou-Ann BRAHIM, étudiants à l'IEJ Mediaschool de Rennes

Licence : CC BY-SA

Publié le : 05/06/26

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Audience du conseil de guerre de Rennes. Gribayedoff Valerian, Marque du Domaine Public, Collection Musée de Bretagne / Écomusée de la Bintinais

Et si les murs du lycée Émile-Zola pouvaient parler ? lls raconteraient l’un des épisodes les plus retentissants de l’affaire Dreyfus, lorsque le lycée accueillit son procès en révision en août 1899. À l’occasion de l’ouverture de l’exposition « L’Affaire Dreyfus à Rennes », trois étudiants de l'IEJ mediaschool, reviennent sur ce moment marquant. 

L’été où Dreyfus arrive à Rennes

En 1899, la Cour de cassation annule la condamnation prononcée contre Alfred Dreyfus cinq ans plus tôt. L’officier juif alsacien, accusé à tort de trahison, doit être rejugé par un nouveau conseil de guerre. Rennes est choisie pour accueillir ce procès en révision. La ville dispose d’un conseil de guerre, se situe à proximité de Quiberon, où débarque Dreyfus à son retour en France, et apparaît aux autorités comme un cadre plus maîtrisable que Paris. Selon Philippe Gourronc, président de l’Amélycor (Association pour la mémoire du lycée et du collège de Rennes), Rennes présente également le profil d’une « ville de province  lutôt calme et antisémite ».

À la recherche d’une salle pour le procès

L’armée envisage d’abord d’utiliser la salle de la Manutention militaire, où siège habituellement le conseil de guerre de Rennes. Située à proximité immédiate de la prison où est détenu Dreyfus (sur l’actuelle avenue Janvier, dans les locaux aujourd’hui occupés par France 3), elle présente des avantages logistiques évidents. Mais ses dimensions sont insuffisantes pour accueillir les centaines de journalistes, observateurs étrangers et curieux attendus. Situé face à la prison militaire, le lycée apparaît finalement comme la solution la plus pratique.

La manutention militaire, Rennes - Anonyme, Marque du Domaine Public, Collection Musée de Bretagne / Ecomusée de la Bintinais

Compléments sur cette image. Dans les collections : https://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo115514 Vue animée de la manutention militaire prise de l'avenue de la Gare ou avenue Jean Janvier.

Le choix est également facilité par l’existence d’une vaste salle des fêtes, « fraîchement construite et encore peu utilisée » rappelle Philippe Gourronc. Cette salle spacieuse a également les faveurs de la défense. Me Labori, avocat de Dreyfus, redoute en effet que, dans la salle de la Manutention, les journalistes « n’entendent absolument rien » et que « les menteurs aient beau jeu », comme le rapportent Colette Cosnier et André Hélard[1].

Malgré ces arguments, les autorités académiques s’opposent fortement à l’accueil du procès au sein du lycée. Le proviseur se serait même exclamé : « Ce serait la ruine du lycée de Rennes ![2] »

Un lycée transformé en tribunal

Finalement, c’est la chaleur estivale qui précipite les événements. Mal ventilée, la salle de la Manutention est abandonnée au profit du lycée. Quelques jours seulement avant l’ouverture du procès, la salle des fêtes est réaménagée à la hâte : estrade pour les juges, bancs pour les avocats, espace réservé aux témoins et gradins pour le public. Le temps d’un été, un lieu d’enseignement se transforme en tribunal militaire.

Salle des fêtes du lycée de Rennes, Anonyme, Marque du Domaine Public, Collection Musée de Bretagne / Écomusée de la Bintinais

Compléments sur cette image Dans les collections :https://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMjo280412 Vue d'ensemble de la salle des fêtes du lycée de Rennes avant les aménagements pour le procès. Une personne est assise sur un des bancs-pupitres qui meublent la pièce

Cinq semaines au cœur de l’affaire Dreyfus

Du 7 août au 9 septembre 1899, la vie du lycée se trouve bouleversée. Les cours sont suspendus, les élèves en vacances, mais le bâtiment est au cœur de l’actualité. À l’intérieur, les audiences se succèdent, souvent très longues, rythmées par les interventions des avocats, les témoignages d’officiers et les débats sur les pièces du dossier. Une foule de journalistes et de curieux se presse pour suivre les débats.

D’autres salles du lycée sont également affectées au procès : lieux de réunion, réfectoire, salles d’attente… Les cours de récréation, envahies durant les suspensions d’audience, deviennent des lieux de conciliabules.

Audience du conseil de guerre de Rennes. Gribayedoff Valerian, Marque du Domaine Public, Collection Musée de Bretagne / Écomusée de la Bintinais
Le Capitaine Dreyfus sortant du lycée après une audience. Anonyme, Marque du Domaine Public, Collection Musée de Bretagne / Écomusée de la Bintinais
Les avocats après l'audience, devant le lycée - Anonyme, Marque du Domaine Public, Collection Musée de Bretagne / Écomusée de la Bintinais
Un groupe en discussion dans la cour du lycée durant le procès. Maury Gaston, Marque du Domaine Public, Collection Musée de Bretagne / Écomusée de la Bintinais

Au terme des débats, le conseil de guerre conclut une nouvelle fois à la culpabilité de Dreyfus, tout en lui accordant des circonstances atténuantes. Bien qu’il soit gracié quelques jours plus tard par le président de la République, il faut attendre 1906 pour que son innocence soit pleinement reconnue.

Comment le lycée est devenu « Zola »

La vie quotidienne reprend ensuite son cours au « lycée de Rennes ». Nommé Chateaubriand en 1960, l’établissement perd son nom en 1971 lorsque le proviseur part pour un nouveau lycée au nord de Rennes et emporte avec lui le nom Chateaubriand. Alors que le lycée se retrouve sans nom, certains y voient l’occasion de rendre hommage à Dreyfus. Pascal Ory, notamment, propose publiquement deux noms pour rebaptiser l’établissement : Alfred Jarry, auteur d’Ubu roi et ancien élève de l’établissement, ou Alfred Dreyfus. Aucun des deux ne sera retenu[3].

En 1971, lors de débats parfois houleux, le conseil d’administration du lycée examine plusieurs appellations. C’est finalement Charles Lecomte (1909-1994), ancien élève, maître d’internat puis professeur d’histoire au sein de l’établissement, qui défend avec succès le nom d’Émile Zola. Un hommage à l’auteur de J’accuse… ! et à son engagement en faveur de la vérité, bien qu’il n’ait aucun lien particulier avec Rennes.

Pour Pascal Ory, « le nom de Dreyfus avait contre lui de n’être ni une personnalité culturelle ni un homme d’État. Passer à la postérité comme victime d’une erreur judiciaire vous donne moins de motifs à être donné en exemple aux jeunes générations (...) [4]».

Ce choix illustre la difficulté à ériger une victime en modèle. Dans la mémoire collective de l’époque, l’engagement de Zola en faveur de la vérité apparaît plus exemplaire que le destin tragique de Dreyfus lui-même. Un demi-siècle plus tard, le regard a évolué : Alfred Dreyfus n’est plus seulement perçu comme la victime d’une machination judiciaire, mais comme l’incarnation d’un combat pour la justice et la vérité.

Le lycée Zola rend aujourd’hui hommage à Dreyfus avec deux plaques commémoratives. Cet épisode du procès contribue à faire de cet établissement un monument à part dans l’histoire rennaise.

 

Références 

[1] Le lycée, théâtre du procès Dreyfus, Colette Cosnier et André Hélard – Zola, « le lycée de Rennes » dans l’histoire, éd. Apogée, 2003.

[2] Ibid.

[3]Histoire du lycée sans nom et de ce qui s’ensuivit, Pascal Ory.  Zola, « le lycée de Rennes » dans l’histoire, éd. Apogée, 2003.

[4]Histoire du lycée sans nom et de ce qui s’ensuivit, Pascal Ory.  Zola, « le lycée de Rennes » dans l’histoire, éd. Apogée, 2003.

 

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L'affaire Dreyfus

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L’Affaire est devenue une véritable question d’opinion publique à la fin du 19ème siècle. Cependant, on se souvient peu qu'une partie de ce feuilleton judiciaire s'est tenue à Rennes en 1899, lors du procès en révision du capitaine Alfred Dreyfus.

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